Manipulation #2 : 8 bons plans pour apprendre à vos jeunes à lire un journal !

Info, la manip grand format

Que la paix soit sur nous, 

Nous continuions notre série d’article sur les manipulations faites aux jeunes du livre de Viviane Mahler. Si vous venez d’arriver, je vous invite donc à lire la manipulation #1 en cliquant ici https://ansariya.com/manipulation-1-comment-aider-nos-jeunes-a-faire-face-aux-manipulations-des-medias/  . Alors commençons avec la Manipulation #2. 

Pour les jeunes, en matière d’information, la confiance, semble-t-il, n’est pas au rendez-vous. Si la moitié des plus jeunes d’entre eux se fient aux informations de la télévision, les plus âgés décrochent très vite (53% des 11-15 ans mais 36% seulement des 16-20 ans). Pour les journaux, ce n’est pas plus brillant. A peine une petite moitié des plus âgés fait confiance aux informations qu’ils diffusent (4 sur 10 des 16-20 ans); chez les plus jeunes, c’est le fiasco : 2 sur 10 chez les moins de 15 ans (baromètre Jeunes 2003 de Médiamétrie, enquête auprès de 900 jeunes de 11 à 20 ans).

Faut-il pour autant tout rejeter et se défier systématiquement de toute information? Sûrement pas. Dans notre société dite « communicante« , on est plongé en permanence dans un bain d’informations auquel il est impossible d’échapper. Vite submergé, on a besoin de faire le tri, de choisir en connaissance de cause les bons journaux qui existent, faits par des professionnels sérieux. Comprendre les mécanismes de l’information devient donc indispensable. 

PLAN DE L’ARTICLE 

  1. Censure et autocensure
  2. Vendre un événement ou informer ?
  3. Informer ou inventer ?
  4. Attirer l’œil ou truquer? Comprendre les mécanismes de l’info
  5. Propagande et désinformation
  6. Marketing de guerre
  7. La presse sous contrôle
  8. Une guerre « propre » 
  9. Comprendre les mécanismes de l’info ?
  10. 8 bons plans pour leur apprendre à lire le journal

1. Censure et autocensure

Vous le savez sans doute, aucun pays totalitaire ne tolère une presse libre, et en cas de guerre ou de coup d’Etat, les premiers lieux occupés sont toujours les aéroports et les médias, radio et télévision. Mais pas la peine d’aller chercher si loin. Les gouvernements démocratiques eux-mêmes sont parfois tentés de contrôler l’information. Alors « tous pourris », serait-on tenté de dire. Pas la peine de s’intéresser à la presse, car tout est manipulé. Impossible de connaître la vérité. C’est apparemment l’état d’esprit de plus de la moitié des jeunes, qui pensent que « les médias ne traduisent pas la réalité de ce qui se passe réellement » : 57% des 11-15 ans et 67% des 16-20 ans. C’est beaucoup ! Sans doute est-ce par ignorance du réel « contre-pouvoir » que détiennent justement les médias, ce quatrième pouvoir que représente la presse (A côté du pouvoir législatif -faire les lois- du Parlement, du pouvoir exécutif du gouvernement et du pouvoir judiciaire de la justice. Ce pouvoir de la presse n’est toutefois pas inscrit dans la loi. Il s’agit d’un pouvoir d’influence et d’information) et que craignent tant de gouvernements. Car la majorité des journalistes, quelles que soient leurs options politiques, considèrent que leur métier doit s’exercer en dehors de toute pression. Certes, il arrive qu’ils se laissent prendre dans des opérations de manipulation, ou même que l’un d’entre eux dérape, mais cela se sait toujours à un moment ou à un autre. 

Pourtant ce contre-pouvoir n’est pas toujours sans faille. On peut se demander si un média est vraiment indépendant quand une radio, un journal ou une chaîne de télévision sont la propriété de grands groupes industriels ou financiers. Même si le propriétaire du média ne le demande pas expressément, sa rédaction se chargera d’éviter les « sujets qui fâchent » ou qui pourraient le mettre dans l’embarras. Et l’autocensure fonctionne à plein. Par exemple, comment un journal peut-il avoir une vue critique et enquêter sereinement sur la vente d’armes, quand son propriétaire fabrique et vend lui-même des avions de chasse? Ou comment peut-il parler des élections en toute quiétude quand son propriétaire est un membre engagé du monde politique? Une bonne façon de connaître le degré d’indépendance d’un média est de savoir qui le possède. Aujourd’hui, les deux premiers groupes de presse français sont entre les mains d’industriels puissants, dont certaines des activités touchent au marché de l’armement. Et la première chaîne de télévision appartient à une entreprise de travaux publics. 

2. Vendre un événement ou informer?

Pour de nombreux médias, l’information est devenue un produit comme un autre qui doit avant tout être rentable et produire des bénéfices. L’objectif premier n’est pas tant d’informer que de vendre, comme le souligne le spécialiste des manipulations, Jean-Marie Abgrall : « L’information est un produit de marché qui, comme tous les autres, se fabrique en fonction des besoins et des impératifs de vente ». Les médias ne sont plus dirigés par des gens de presse comme autrefois, journalistes dans l’âme, mais par des gestionnaires, jonglant avec la règle des « 3 P »? PRIX-PRODUIT-PROMOTION, comme pour des yaourts ou des boîtes de petits pois. La presse, malgré son côté vivant, sans cesse en évolution, malgré son rôle si particulier d’information, est devenue un business comme un autre. 

La tentation est grande, alors, pour ses gestionnaires, de chercher l’adhésion du plus grand nombre de lecteurs, d’auditeurs ou de téléspectateurs-de « balayer large » en choisissant de traiter en priorité les événements qui « vendent » beaucoup, c’est-à-dire ceux qui émeuvent ou qui frappent. « Plus il y a de sang, mieux ça se vend », dénonce un journaliste Serge Halimi. Sous le feu de la concurrence, la presse écrite comme la télé entretiennent une course effrénée au fameux scoop : à qui traitera le sujet le premier ou décrochera l’interview en exclusivité, quitte à jouer avec le feu et à divulguer de fausses nouvelles.

Par crainte du zapping à la télévision, on traite les sujets de plus en plus rapidement, sans laisser aux téléspectateurs que les jeunes sont le temps d’enregistrer l’information, de la digérer, et sans leur donner les moyens de l’analyser. Les sujets des journaux télévisés deviennent de plus en plus courts. Le thème à peine exposé, en 1 minute à 1,5 minute, vite, on aborde le suivant. Ce que certains appellent un dossier, le « gros » sujet du JT, dure 2,5 à 3 minutes. « L’actu prime », pas le temps de s’attarder sur quoi que ce soit. On voit défiler un grand kaléidoscope de sujets qui s’enchaînent les uns aux autres, nous livrant une information éclatée dont on ne garde que quelques miettes. 

3. Informer ou inventer ?

Comme dans toute profession, certains journalistes ont une interprétation parfois très personnelle de leur métier. En principe, leur premier travail consiste à rapporter un événement sans le transformer, à vérifier scrupuleusement leurs informations, à les recouper. Leur démonstration doit être irréprochable, ce qui n’est pas toujours le cas. Certains se prennent pour des faussaires et recopient des articles de confrères, d’autres se prennent pour des romanciers et inventent complètement témoignages ou reportages. En un mot, ils bidonnent, c’est-à-dire qu’ils présentent une info enjolivée, transformée ou carrément truquée. Pour lutter contre cette pratique indigne -comme pour traiter des litiges avec les lecteurs ou auditeurs -, de nombreux médias se sont dotés d’un médiateur indépendant, qui se charge d’enquêter sur les cas douteux. Certains fans du Web vérifient de près le travail de ce genre d’arnaqueurs.[…] Ces « blogueurs » (ou bloggers) tiennent leur propre journal de bord (blog) et se spécialisent en suivant avec attention certains domaines d’information et les journalistes qui les traitent. Une façon, espérons-le, de réconcilier les plus méfiants avec l’information.

4. Attirer l’œil ou truquer ?

La plupart des journaux d’information, voyant leurs ventes baisser, ont tendance à se dire qu’ils ne sont assez attrayants, ou trop hermétiques. Bonne question. Un journal est quand même fait avant tout pour être lu. Et on peut se demander à quoi il sert si de plus en plus de gens ont du mal à y entrer. Du coup, certains journaux essayent de séduire un public réticent-les jeunes-, en particulier- en changeant leur présentation des événements, en ayant plus recours aux images, par exemple. 

D’autres font le pari du « sensationnel« , quitte à sur-vendre certains sujets, à faire de « l’information spectacle ». Le lecteur prend le choc des images en pleine figure, avec titres accrocheurs et photos grand format, mais n’a bien souvent pas les informations complémentaires qui permettent de dépasser l’impact de l’image. Une photo, ça accroche l’œil et ça provoque l’émotion. Ça touche, ça fait rire, ça fait pleurer, ça laisse rarement indifférent. Mais ça n’informe pas complètement. D’autant que, sortie de son contexte, elle peut même dire le contraire de la réalité. A courir après le scoop, à vouloir des mises en scène palpitantes, certains enjolivent les histoires qu’ils rapportent…Un montage pourquoi pas? A condition que ses lecteurs le sachent. 

5. Propagande et désinformation

C’est en période de guerre que l’information est la plus malmenée. La presse est alors très strictement contrôlée. Les journalistes ne peuvent pas circuler comme ils l’entendent, certains lieux leur sont interdits et la plupart de leurs informations sont vérifiées ou censurées. Quant aux belligérants, ils se livrent de part et d’autres à une guerre de propagande. Et la guerre d’Irak, menée en mars 2003, en fournit une preuve…

6. Marketing de guerre

A l’occasion de cette deuxième guerre du Golfe, l’information a pris un tour résolument nouveau, avec l’arrivée en force du marketing. L’une des grands manitous de la publicité américaine, Charlotte Beers, fut embauchée, avec la mission de vanter l’impérieuse nécessité de ce nouveau « produit » : la guerre contre l’Irak. Un organisme, le Bureau de communication globale (Office of Global Communication), doté d’un budget de 200 millions de dollars pour sa lutte contre Saddam, fut chargé de « coordonner tous les messages », de prévenir les malentendus » et de « coordonner les efforts pour parler au monde des Etats-Unis et de ses buts ». Chacun y alla de sa formule ou de son image choc, et à tous de dire et répéter leur certitude que l’Irak fabriquait des armes de destruction massive. Donald Rumsfeld, le ministre de la Défense, affirma même savoir où elles se trouvaient. 

Question de vie ou de mort? L’intox fit son chemin et la quasi-totalité de la presse américaine, encore sous le coup des attentats du 11 septembre 2001, emboîta le pas au président, abandonnant l’esprit critique qui la caractérise habituellement. Tout cela se révélera ensuite totalement faux. Un an après le début de la guerre, Saddam Hussein a été capturé, ses fils ont été tués, le régime aboli, le pays occupé par la coalition américaine-britannique, mais toujours aucune trace de ces fameuses armes de destruction massive à l’origine du conflit. 

Du coup, les médias américains se sont demandé s’ils n’avaient pas été menés en bateau et l’ont fait savoir. « On a dit à l’opinion publique que Saddam constituait une menace imminente. Si cette assertion était mensongère, alors avoir fait accepter cette guerre est de toute évidence le plus grave scandale de l’histoire politique américaine […] En fait, l’idée même que nous nous soyons laissé manipuler pour entrer en guerre met de nombreux commentateurs si mal à l’aise qu’ils refusent d’en admettre la possibilité » le New York Times juin 2003. Dommage que ces critiques interviennent un an après, alors que la guerre, elle, bat toujours son plein. 

7. La presse sous contrôle

Deuxième « innovation » en matière d’information en période de guerre, l’armée américaine a proposé à un grand nombre de journalistes, en particulier ceux de la télévisions, de participer aux mouvements de troupes. La presse fut « embedded », intégrée aux corps d’armée de la guerre d’Irak. Proposition généreuse? Ce fut en fait la meilleure façon pour l’armée américaine d’avoir tout « under control », de verrouiller l’information et les images diffusées…

8. Une guerre "propre"

Troisième « innovation » lié à cette guerre du XXIe siècle, la volonté du gouvernement américain de montrer une guerre »propre », c’est-à-dire une guerre sans victimes! Du moins le faire croire. Il s’agissait bien d’une guerre bien réelle, avec son cortège de blessés, de morts et d’horreurs : une guerre forcément « sale », comme toutes les guerres…Un an après le début des opérations militaires, plus de 10 000 civils irakiens et 690 soldats américains avaient trouvé la mort (source www.iraqbodycount.net). A la fin du mois d’avril 2004, on découvrit que l’armée américaine pratiquait la torture sur les prisonniers irakiens. D’un conflit à l’autre, les méthodes de contrôle de l’information évoluent et s’affinent, mais la manipulation, elle, reste toujours omniprésente. 

9. Comprendre les mécanismes de l'info ?

Finalement comment aider nos jeunes à comprendre les mécanismes de l’info?

Où? qui? quand? pourquoi? Ce sont les quatre questions que se pose tout journaliste pour présenter une information. C’est, selon le b.a. ba qu’on enseigne en école de journalisme, la règle des 4W des Anglo-Saxons, « where, who, when, why », qui permet d’exposer les faits. Tout ce qui vient en plus, c’est du commentaire, de l’analyse, de l’opinion…

Manipuler une information, c’est changer délibérément une ou plusieurs des réponses à ses quatre questions. Ou bien « oublier » certains faits. Ce peut être aussi reconstituer un événement impossible à filmer et le diffuser en omettant de signaler qu’il s’agit d’une reconstitution, voire créer de toutes pièces un reportage « sur le vif » dans une banlieue sombre, les rôles des « méchants » étant joués par des acteurs. 

Il est donc important de s’habituer à distinguer l’exposé du fait du commentaire qui peut l’accompagner. En regardant le JT, vous pouvez vous amuser en famille à répondre aux questions clés des 4 W et apprécier comment elles ont été abordées (par le présentateur, par des images, par le commentaire en voix off, par une personne interviewée). 

Lire pour penser aux autres, l’actualité c’est ce qui arrive à d’autres hommes et femmes en France et dans le monde, cela concerne les jeunes forcément! L’avenir du monde, c’est aussi le leur. Bien sûr, ce n’est pas en lisant la presse qu’ils vont changer le monde, mais c’est déjà bien de comprendre ce qui s’y passe. Et pour les aider découvrez les 8 bons plans pour leur apprendre à lire un journal ci dessous tiré du « Dico des filles » édition 2014.

10. 8 bons plans pour leur apprendre à lire un journal

  1. Commencez à proposer à vos jeunes de lire les journaux que vous lisez (faites en sorte qu’ils y mettent leur nez une ou deux fois par semaine).
  2. Puis demandez leur de regarder celui que lisent les parents de leurs amis ou adultes dont vous ou ils apprécient les idées (professeurs, savants, professionnels…)
  3. Ne les laissez pas se lancer du premier coup dans une lecture de A à Z. C’est le meilleur moyen de les décourager et d’ailleurs quasiment personne n’a le temps de le faire!
  4. Apprenez leur à commencer par feuilleter en lisant les titres et les petits paragraphes en gras qui sont juste en dessous. Ils leurs donnent les éléments essentiels de l’article. Ils peuvent aussi commencer par les « brèves », de très petits articles de quelques lignes qui donnent de tas d’infos.
  5. A partir de là, sélectionnez un ou deux articles qui les intéressent particulièrement.
  6. L’important, c’est de les inviter à s’y mettre régulièrement. 
  7. Ecoutez les revues de presse à la radio avec eux : chaque matin elles vous disent ce que l’on trouve dans les journaux. Vous pourrez repérer quel quotidien parle des thèmes qui les intéressent. 
  8. Si ils sont très intéressés, vous pouvez essayer une fois ou deux de les faire lire plusieurs, pour comparer la manière dont est traitée une même information et les laisser faire leur choix en conséquence.

Allez plus loin et apprenez à reconnaître vos émotions et à vous en libérer !

Ne laissez pas les autres pensez à votre place, informez-vous en toute liberté… Je vous dit à très vite pour la manipulation #3.

Sur ce, vous êtes libre d’exprimer vos ressentis en commentaire et si vous y avez trouver un bien partager le à vos amis 🙂

Librement Mariama, pour éduquer ensemble la nouvelle génération


Je serai à Epinay au sein de l’association Spe ce vendredi 8 mars, Hâte de vous y voir 🙂

Mariama Ozturk est une femme engagée dans l'éducation de la future génération par l'accompagnement des jeunes filles et la formation des parents et professionnels travaillant avec les jeunes.
Déterminée à inspirer les femmes à entreprendre librement leur éducation, elle partage son savoir-faire et savoir-être sur son blog Ansariya. Vous pouvez également retrouver ses conseils pour les Mumpreneurs sur AKBusiness !

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